lundi 27 décembre 2010

A Thousand Miles


Making my way downtown
Walking fast, faces passed

J'en ai vu défiler un paquet de visage lors des différentes célébrations de noël auxquelles j'ai participé dans ma vie. La plupart du temps les mêmes dont je contemple les traits tous le jours parce qu'ils constituent ma famille, mais parfois d'autres, plus rares, qui surgissent spécialement pour ces occasions. Et c'est bien les noël où ces cousins, cousines, tantes, oncles, amis et autres débarquent avec les guitares, les chants, la bonne humeur et l'alcool en quantité que j'éprouve en général un bonheur immense. Non pour cause d'une trop grande consommation dudit alcool ou encore pour la qualité des sons produits, quoique les deux forment une alchimie magique du fait que l'absence de sobriété me rend étonnamment joviale tout en décuplant mon sens auditif, mais plutôt par la liaison qui s'exerce entre d'anciens souvenir et ce qui se présente à moi.

It's always times like these when I think of you
And I wonder if you ever think of me
Car ces personnes n'ont d'importance qu'au moment de ces fêtes, car en dehors de celles-ci, je ne pense quasiment jamais eux, car malgré ça je ne peux m'empêcher d'être extatique en leur faisant la bise ou en leur serrant la main, j'écarte inconsciemment tout soucis de mon esprit, pour la simple et bonne raison que le silence n'existe plus. Ce silence ignoble qui en insupporte plus d'un à chaque apparition s'envole car, en un an, beaucoup de choses se sont passées, et qu'il est toujours plaisant de les communiquer à quelqu'un et de voir que cela l'intéresse. La famille proche a beau être un point central de ces fêtes, il n'en demeure pas moins qu'elle est souvent d'un ennui mortel, parce que rien n'est à se dire vu que la confrontation est permanente. Et cela donne souvent lieu au mêmes schémas. Les bonsoirs, le diner et l'attente insoutenable des douze coups de minuit. Rien d'autre.

Cause you know I'd walk a thousand miles
If I could just see you tonight

Alors traverser la France dans une voiture merdique à deux km/h à cause du verglas ne me dérangera jamais, tout comme passer une journée entière à ranger la maison, ou encore la soirée à dégueuler dans les toilettes. Je sais que l'an prochain, je m'amuserai tout autant. Je sais que c'est un prix bien moindre comparé à ce que je recevrai en retour.


Vanessa Carlton - Be Not Nobody

dimanche 5 décembre 2010

2090 €

Il y a de ça un mois environ, j''ai envoyé un colis qui contenait tout ce que j'avais de plus personnel vers une maison inconnue. Simple réponse à un élan d'expérimentation qui ne s'alimentait d'aucun espoir, j'en fus pourtant, au bout d'un certain temps, martelé dans tous les sens du terme. Je me suis mis à croire que les récepteurs de ce colis y trouverait ne serait-ce qu'un intérêt minime, un plaisir particulier que je partagerai de bon cœur avec eux, un sourire niais déformant mes lèvres. Je me suis mis à compter les semaines défilantes grâce aux arrivées des nouveaux épisodes d'How I Met Your Mother, surveillant de près ma boite aux lettres, la vidant toujours avec la précipitation d'un gosse qui déchire l'emballage de son cadeau de noël.

Il y a de ça une semaine environ, j'ai reçu une réponse. J'ai aperçu par l'ouverture de la boite aux lettres cette réponse, un gros paquet qui détenait peut-être une chance pour moi de changer. Ensuite, j'ai reçu un signe du destin que je n'ai pas jugé utile d'interpréter, car lorsque j'eus franchi ma porte, mon alarme se déglingua et ne me permit pas d'atteindre le tiroir contenant les clefs de la boite au lettre sans risquer de m'arracher un tympan. J'aurai dû y voir un avertissement comme quoi la précipitation n'est un avantage qu'à partir du moment les retombées de l'action pour laquelle on s'est plongé dedans ne sont pas importantes, mais je ne l'ai pas fait. J'ai attendu, une boule au ventre, que l'alarme se règle et j'ai couru jusqu'à l'entrée récupérer ma récompense pour ce mois de patience.

Il y a de ça six jours et quelques heures environs, j'ai ouvert le paquet et j'en ai vidé le contenu toujours avec cette même précipitation. J'ai hurlé de joie, j'ai sauté dans tous les sens à m'en fouler une cheville parce que j'y trouvais ce que j'attendais : de l'intérêt. Là, sous mes yeux, apparaissait une porte qui signifiait pour moi l'accès à un rêve entretenu depuis des années, une ouverture rassurante qui clarifiait mon futur et qui n'entrainait en conséquence aucune hésitation. Le problème, c'était que cette putain de porte avait un verrou, et que la clef coûtait un paquet de fric. La retombée fut donc magistrale. Tout s'envola vers des horizons que je ne pouvais atteindre faute de transport. Cet intérêt que je pensais mériter n'était en réalité qu'un prétexte pour me soutirer ce que je n'avais pas de toute. Et le pire, c'est que l'espace d'un long moment, je fus prêt à tout entreprendre pour acheter la clef.

Il y a de ça plusieurs heures, j'ai renvoyé un nouveau colis qui, sans être chargé de haine, s'est contenté d'être sobre et modeste, afin que tout nouvel échange soit rompu. J'ignore si cet éloignement de la tentation ne sera pas en réalité qu'un intermédiaire plus fort pour m'en rapprocher et pour y céder, mais, cette fois, je me suis muni d'autres moyens qui seront probablement aptes à établir des barrières amplement hautes.

Il y a de ça deux jours, j'ai déposé un colis dans une autre maison, cette fois avec un espoir plus significatif et en conséquence plus mortel. Car si dans quelques temps, je ne reçoit rien d'autre qu'une carence en intérêt, ce sera d'autant plus difficile du fait qu'aucune clef ne me sera demandé, du fait que l'accès à la porte me sera tout simplement refusé. Et je sais que ça fera mal.

Extrêmement mal